23 June 2017

Apprendre à « jammer » ou à « faire un bœuf »

Une des activités favorites des musiciens consiste à se rassembler dans un local et à brancher leurs instruments pour « jammer », ou en français « faire un bœuf » c’est-à-dire improviser. Si a priori tout le monde peut jammer, l’expérience peut vite devenir frustrante pour les moins gradés. Rassurez-vous, cela s’apprend comme le reste. Cela suppose d’une part d’apprendre de la théorie pour être à l’aise sur le manche, d’autre part de développer sa musicalité et son sens de l’écoute pour produire de la bonne musique ! Pour vous apprendre pas à pas à improviser à la guitare, nous allons partir d’un cas concret et l’analyser plutôt que de vous apprendre toute la théorie des gammes. Au programme, donc, la jam blues de Sanseverino et Norbert Krief ! Mais avant tout cela, un petit point d’histoire s’impose.

Aux origines du jam

L’expression « faire un bœuf » vient du début du 20ème siècle, alors que des musiciens se rassemblaient le soir pour faire des improvisations musicales dans le restaurant du 8ème arrondissement de Paris appelé… Le Bœuf sur le toit ! L’origine du termeanglais « jam session » est plus obscure. Elle viendrait de Kansas City, au tout début du 20ème du temps de la ségrégation aux Etats-Unis. Les musiciens noirs, après avoir joué dans des bars pendant la soirée, étaient rarement le bienvenu dans les hôtels de la ville. Ils rentraient alors dans les locaux de leur syndicat et se mettaient à improviser ensemble. Ces sessions d’improvisations sont devenues populaires auprès des musiciens blancs également, au point qu’elles ont été appelées « jammed sessions » (le verbe to jam en anglais contient l’idée de mélanger) !

Revenons à la jam de Sanseverino et Norbert Krief. Dorian Chamoin, professeur à Carpe Dièse, a décortiqué pour nous cette improvisation !

La jam de Sanseverino et Norbert Krief

Le décryptage par Dorian Chamoin

La vidéo explicative par Dorian :

Voici la partition des deux guitares ensemble en format GuitarPro.

Egalement disponibles : la partition de Sanseverino en pdf, et celle de Norbert Krief dans ce même format.

Pour bosser et comprendre cette improvisation, on va distinguer trois grandes parties. Un riff principal qu’on appellera plan 1 où les deux guitares jouent presque à l’unisson, une partie qu’on appellera plan 2 avec deux guitares complètement différentes : les accords sont joués par San Severino et la ligne solo par Norbert Krief et une troisième partie ou les deux guitares jouent aussi à l’unisson qu’on appellera plan 3.

1. Dans ce premier plan c’est le placement rythmique qui est vraiment intéressant, on a un thème qui revient toutes les deux mesures (mesure 1 et 3), la deuxième mesure est un peu plus épurée et la mesure 4 fait office de turn-around ! Les guitares sont presque à l’unisson mais jouent avec des sensibilités différentes. Le blues est souvent redondant de par sa forme, mais si on joue sur les nuances, le placement rythmique (certaines pêches ne tombent pas forcément ensemble), et sur l’impro en rajoutant quelques notes de la gamme pentatonique ou même des plans un peu farfelus, on obtient vite une esthétique très personnelle et qui sonne très différemment de quelque chose de très droit et de très académique ! Vous avez en fait un riff de base déterminé qui est joué par les deux guitaristes, mais chacun va le jouer à sa manière, avec son propre son, et sa propre façon de penser la musique. Il n’y a pas que les notes dans l’improvisation mais aussi la façon de les exprimer ! En l’occurrence le blues est tout indiqué pour ce genre de choses !

2. Dans le deuxième plan on est sur quelque chose de plus « traditionnel ». San Severino tient les accords pendant que Norbert Krief pose une ligne mélodique dessus. Un maître mot, simplicité et efficacité ! On remarquera que Sanseverino joue tout vers le bas, ce qui donne une attaque vraiment perso sur ce genre de riff. Bossez les deux parties indépendamment et faites bien attention à l’expressivité de votre jeu (utilisez toutes les techniques que vous connaissez comme le bend, le vibrato, hammer-on, pull-off, etc.) et attention à votre placement rythmique. N’oubliez pas que nous sommes en ternaire ici ! Take care !

3. Le troisième plan est plus « écrit », c’est une sorte de pont. Les deux guitares sont vraiment à l’unisson, dans la structure du morceau cela soulage pas mal l’oreille, crée un effet de surprise et permet de revenir sur le plan N°2. Attention au saut de corde et à votre allez retour ici, respectez bien la grille, vous verrez que sur les mesures 7 et 8 on reste sur Db7 et C7, ce n’est qu’une fois la tourne (grille) complète achevée, que l’on résout sur un FM. Ce procédé fait en sorte de tenir l’oreille éveillée, d’une certaine manière cela crée une tension dans la musique (l’oreille a envie d’entendre un FAM mais il ne vient qu’à la fin), ce n’est qu’à la dernière mesure du plan 3 que la résolution est offerte à nos oreilles ! C’est donc en conclusion une petite jam de blues assez classique, mais qui recèle de nombreuses variantes et subtilités musicales intéressantes à bosser pour les reproduire lors d’un bœuf avec des amis. L’idée étant de se servir de cet exemple comme une base de travail pour développer progressivement sa sensibilité musicale !

Besoin d’aide?

Apprenez à lire une tablature sur le blog Carpe Dièse.

Si vous avez toujours le blues de la jam session et que vous êtes en panne de créativité, vous pouvez toujours prendre un cours avec un de nos professeurs, qui sauront réveiller la bête musicale qui sommeille en vous !

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